J’aime mon métier, j’ai encore chaque jour foi dans ce qu’il représente.
Si je sais n’avoir jamais convaincu “les gens” sur sa dureté intellectuelle et psychologique, physique et morale, j’ai toujours aimé ce sentiment premier d’aider à apprendre, de proposer, de mettre en place des projets pour mieux faire, pour mieux écouter, pour mieux répondre aux interrogations.
Parfois ça marche, parfois on se plante.
Jamais un merci, ou alors confié à l’arrière d’une porte à demi-close, toujours la jalousie, les grands mots vides, souvent les regards réprobateurs de confrères qui ne font rien et s’enterrent dans la mort de certitudes bourgeoises.
Aujourd’hui de plus, et depuis quelques temps maintenant, je me sens méprisé, humilié par un pouvoir amateur qui ne sait pas, qui ne sait plus, qui ne sait rien.
Je serais un de plus dans la grève demain.
Et puis après, on verra bien.
” Derrière toute oeuvre, se cache une prétention énorme, celle d’exposer sa vision du monde.
Si une telle arrogance n’est pas contrebalancée par les affres du doute, on obtient un monstre qui est à l’art ce que le fanatique est à la foi ”
Au détour de la promenade, j’ai vu mes enfants qui jouaient aux billes sous les platanes.
Le soleil qui traversait les feuilles faisait comme une dentelle sur le sol de la cour.
J’ai regardé leurs mains qui comptaient, qui poussaient, qui tiraient et agrandissaient le fil rouge du cercle de feu qu’il ne fallait pas dépasser.Ils riaient. Ils s’aimaient.
Il n’y avait ni gagnant, ni perdant, seulement deux frères qui,pour un instant, avaient oublié le monde et ses tourments d’enfants.
Je me suis allongé sur le banc et j’ai respiré en souriant.
Dans un mélange d’odeurs de malt et de goudron, j’ai encore le regard perdu dans les spirales rouges des briques grasses et humides de maisons sans rideaux.
J’ai piloté la paume de mes mains fanées sur les gris ondulants des ponts et des chapelles sonnant tous deux aux pas de joggeurs ambulants, des pieds nus encrassés des faiseurs de sourires tristes.
Passant sous le campanile d’une trinité décevante quand j’eu voulu passer sous les ors du triomphe, je n’ai ressenti que le froid, un vent glacial et pénétrant perçant mes yeux de millions d’aiguilles d’argent.
J’eu voulu danser au rythme des flûtes de Grafton street et me saouler aux alcools de Temple bar mais la cadence de mes pas ne passe pas le rythme de l’adagio et mon sang reste pur de la folie de l’ivresse.
Une nouvelle galerie photo sur Dublin est disponible… et puis, malgré la déception, j’ai découvert “live” un groupe sympa…(bon ok, je préfère My bloody valentine en groupe dublinois mais MUTEFISH, c’est pas le pire du pire de la mort qui tue…)
Je dirais en substance en défaveur de l’aube,
que j’ai connu l’amour à la pointe du jour.
A la mère des rosées, du givre virginal,
Fière matrone des romantiques
Je dirais sans ambages
que le coucher du jour éveille en mon corps automnal
le souvenir d’elle et de la première fois.
Je dirais en substance en défaveur de l’aube
que mes enfants sont nés dans la lumière rose
d’une fin de journée plus magique que la mort.
Et la nuit qui suivit, je m’en souviens encore,
fut de celle où j’ai ri, drapé dans mon lit noir.
Je dirais en substance en défaveur de l’aube
que j’ai bu sans raison sous les nuits étoilés
et qu’aux matins mon crâne
tout ornée d’horizons amers
a repris sans douleur la route escarpée de la colline des songes.
J’apprends de source sûre que je mourrais peut être demain, ou après demain.
J’ai mal et je geins, sans plus de courage que celui des baleines échouées par hasard sur les côtes atlantiques attendant sagement le froid de la dernière décharge.
Je pleure de la tristesse de l’injustice, qui sans doute n’existe pas, et j’enrage de ne plus pouvoir continuer ainsi à ternir de ma présence un monde de couleurs qui jamais ne déteint.
J’ai tenté de repeindre le monde en noir et gris, la couleur de l’antichambre dans laquelle peut être je finirais mes jours mais n’y suis parvenu.
Je suis la faute, le péché, je suis l’envie et la luxure, le bonheur et la mort, le ventre mou et le muscle saillant, vos sourires et vos larmes.
Je ne suis rien que l’amour de vous, votre château en Espagne, la petite dalle de marbre gravé, à gauche du mur où sèche le lierre.
Tour à tour bourreau et victime de mes actes manqués, je remets en ce soir lumineux mon corps à la science.
Bon alors…résumons la situation: je hais Dieu, son fils hippie et le cousin incestueux le Saint esprit.
Tout d’abord, c’est incontestable, ils sont responsables de mes malheurs.
Les malheurs des autres, je m’en fous….
La séparation des spice girls ? je m’en fous…la chute du yen ? je m’en fous.
La naissance du fils de mes amis (après 6 ans d’essais infructueux) ? je m’en fous…
La mort de 400 chiliens ? je m’en fous
La tempête Xinthia ? je m’en fous
Le cancer de Philippe de Villiers ? je m’en fous
Les restos du coeur, la mort de madame Moisan (que personne ne connaît dans la mesure où je ne la connaissais pas moi-même, je l’ai simplement lu dans les petites annoces du journal le Monde), la faim dans le monde, l’anorexie de Kate moss, les relents éthyliques de Pete Doherty, la vie sexuelle de mes frères et soeurs……je m’en fous !!!
Mais alors, l’imposition de la présence des barbus dans ma vie, réelle ou inconsciente, commence à me chauffer dur…
Alors d’abord, Dieu me réveille toutes les nuits…enfin , c’est pas lui mais c’est ma mère qui revient hanter mes moments de repos bien mérités aux côtés de Jennifer (j’appelle ainsi la mère de mes enfants, ça fait américain et ça m’excite…) et comme elle est morte- pas Jennifer… ma mère - (ne dit-on pas “Dieu ait son âme”) en fait ce crétin la garde à ses côtés et me l’envoie chaque nuit dans sa robe pervenche…(pas Jennifer qui dort dans un odieux t-shirt psychédélique - ma mère vous dis-je, vous n’êtes pas très attentif !)
Eh toi là haut….pourquoi tu fais ça? tu as mauvaise conscience de me l’avoir piqué ? alors je vais vous rendre un service à tous les deux… en vous apprenant un truc fou: la nuit je dors.
ET JE VEUX PAS QU’ON ME DERANGE ! (sauf bien sûr si c’est pour me proposer des jeux provoquant après quelques minutes de petits cris festifs ou pour jouer au petit bac…j’adore le petit bac…ça me fait penser à mes élèves)
Donc résumons nous, car je diverge (jacadi a dix verges, ce qui est énorme):
Dieu: ou tu lâches ma mère de ta droite et tu fais ce qui n’a encore jamais été fait dans l’histoire de l’humanité, tu la fais revenir illlico à ma droite à moi (et en bonne santé !) ou tu conclus avec elle et vous finissez votre éternité ensemble (j’expliquerai ça à mon père, t’inquiètes pas!) mais
VOUS ME LAISSEZ DORMIR !!!
Enfin, un dernier conseil:
ma mère, elle avait une éducation un peu stricte mais elle était jolie et propre sur elle, et puis ses rares baisers étaient pour moi des moments de magie terrible…
Tu as décidé, Jupiter de seconde zone, de la ramener sur ton Olympe de pacotille…soit…J’en prends acte. Mais tu aurais bien mieux fait de t’occuper de ton fiston.
Un gars qui laisse son fils se ballader seul dans le désert pendant plusieurs mois, qui lui permet de porter des robes longues souillées par les petites morts régulières et de finir sa vie lors d’une séance SM en couches culottes, moi je dis, niveau éducation, c’est limite…
Alors vieux pervers au lieu de continuer à draguer ma mère et de me l’envoyer toutes les nuits pour te donner bonne conscience…tu t’occupes de ton rejeton, tu lui apprends les bonnes manières, à changer de robe tous les jours et puis tu me laisses en paix…
Sinon, il fait beau, demain j’ai 40 ans…et… je m’en fous
Il n’y a plus aucunes fleurs nivéales dans le jardin.
Le vent des dernières nuits les a déchirées.
J’ai ramassé un par un les pétales éparpillés sur la pelouse terreuse et les ai mis dans un bocal.
Un givre léger s’est diffusé sur les parois de verre. C’était sans doute leur dernier souffle.
Il n’y a plus de fleurs dans le jardin. Et mon coeur, ne rêvant plus que de nouvelles aurores, cristallise dans le bocal givré de mes poumons.